Il y a quelques années, j’ai appris qu’une personne très proche de moi vivait avec un trouble bipolaire. Au début, je ne savais pas quoi dire. J’avais peur de mal faire, de blesser, de minimiser. Et forcément, à vouloir trop bien faire, j’ai dit pas mal de bêtises. Je vous partage ici les phrases que j’ai apprises à éviter, et ce que j’ai compris au fil du temps pour mieux soutenir mes proches.
1. « Tout le monde a des hauts et des bas »
Celle-là, je l’ai prononcée sans réfléchir. Je pensais rassurer, normaliser. Sauf que le trouble bipolaire n’a rien à voir avec une petite déprime du dimanche soir. On parle de phases qui peuvent durer des semaines, parfois des mois, avec une intensité qui dépasse complètement ce qu’une personne neurotypique vit au quotidien. Mettre ça dans le même sac que « mes émotions du moment », c’est minimiser une vraie pathologie.
2. « Je comprends ce que tu traverses »
À moins d’être soi-même concerné, non, on ne comprend pas vraiment. Et c’est ok de le reconnaître. J’ai remplacé cette phrase par : « Je ne peux pas imaginer à quel point c’est dur, mais je suis là. » Ça ouvre la conversation au lieu de la fermer.
3. « Fais un effort »
Pendant une phase dépressive, demander à quelqu’un de « faire un effort » revient à demander à une personne qui a la grippe de simplement décider de ne plus avoir de fièvre. Ça ne marche pas comme ça. L’énergie est au plus bas, le cerveau fonctionne au ralenti, et l’injonction à la volonté culpabilise au lieu d’aider.
4. « Tu fais ta comédie »
Cette phrase, c’est une violence. Elle nie la souffrance, elle accuse, elle isole. Les personnes bipolaires ne simulent pas. Elles vivent quelque chose de très réel, de très épuisant, et le dernier besoin est de se voir accuser de manipulation.
5. « T’as pris tes médocs ? »
Posée comme ça, sur un ton agacé ou moqueur, cette question devient une arme. Elle sous-entend que toute réaction émotionnelle s’explique par un oubli de traitement. C’est infantilisant et franchement blessant. Le traitement d’une personne bipolaire ne la regarde qu’elle et son psychiatre.
6. « Arrête les médicaments, c’est mauvais »
J’ai vu des proches tenter ce conseil « bien intentionné ». Gros problème : selon les recommandations médicales sur le trouble bipolaire, l’arrêt du traitement est l’un des principaux facteurs de rechute et de passage à l’acte suicidaire. On ne touche pas à ça, même avec les meilleures intentions.
7. « Tu es trop enthousiaste, calme-toi »
Dans une phase hypomaniaque, la personne déborde d’énergie, d’idées, parfois d’euphorie. Lui faire remarquer que c’est « anormal » ne l’aide pas à redescendre, ça l’énerve. Ce qu’elle vit est difficile à contrôler. Mieux vaut veiller discrètement sur son sommeil, ses finances, ses décisions impulsives, plutôt que de commenter son humeur.
8. « Tu me fais peur »
J’ai appris à ne plus dire ça, parce que ça ajoute une couche de culpabilité énorme. La personne se sent déjà dépassée par ce qui se passe en elle. Lui dire qu’en plus, elle nous angoisse, c’est l’enfoncer. Mieux vaut parler de notre inquiétude en mode « je m’inquiète pour toi » plutôt que « tu me fais peur ».
9. « Je ne te rends pas heureux ? »
Ramener la souffrance de l’autre à soi est un réflexe très humain, mais c’est une erreur. L’isolement, la tristesse, le retrait, ce sont des symptômes de la maladie, pas un reproche. Ce n’est pas de notre faute, ce n’est pas non plus la sienne. C’est la phase qui parle.
10. « T’es juste lunatique »
Comparer un trouble bipolaire à un trait de caractère, c’est réduire une pathologie reconnue à un simple défaut personnel. Or on parle d’une maladie qui touche environ 40 millions de personnes dans le monde selon l’OMS. Ce n’est pas une humeur, c’est une vraie réalité médicale.
Alors, qu’est-ce qu’on peut dire à la place ?
Ce que j’ai appris, avec le temps, c’est que les mots qui aident le plus sont souvent les plus simples :
- « Je suis là, raconte-moi ce que tu veux bien me raconter. »
- « Comment je peux t’aider concrètement aujourd’hui ? »
- « Tu n’as rien à faire pour mériter mon soutien. »
- « Si tu veux qu’on reste en silence côte à côte, ça me va. »
Et parfois, le plus puissant, c’est juste de ne rien dire. Une présence, un thé posé sur la table, un câlin sans condition. Le trouble bipolaire est une longue route, avec des proches qui tiennent la main, pas qui dictent la marche.
Et vous ?
Vous avez un proche bipolaire ? Vous-même vivez avec ce trouble ? Je serais curieuse de lire vos expériences et les phrases que vous aimeriez qu’on vous évite ou, au contraire, qu’on vous dise plus souvent. On apprend beaucoup en partageant, n’hésitez pas à déposer un commentaire.



