Un dimanche de pluie, entre deux lessives, je suis retombée sur le questionnaire de Proust dans un vieux magazine. Trente et une questions, l’air de rien, qui vous obligent à vous demander quelle fleur vous préférez et comment vous aimeriez mourir, dans le même souffle. J’ai joué le jeu, par écrit et avec un café, puis je l’ai proposé à toute la famille au dîner. Voici son histoire, la liste complète des questions, et mes réponses, sans tricher (ou presque).
En résumé
- Le questionnaire de Proust vient d’un jeu de salon anglais, les « Confessions », à la mode au XIXe siècle.
- Marcel Proust y répond adolescent, vers 13 ou 14 ans, dans l’album d’Antoinette Faure, fille du futur président Félix Faure, puis une seconde fois vers 20 ans.
- La version la plus connue compte 31 questions, de « Le principal trait de mon caractère » à « Ma devise ».
- Bernard Pivot en a tiré un questionnaire culte à la télévision, et Vanity Fair le publie en dernière page avec des personnalités.
- En famille, on peut le simplifier à 10 questions et le refaire chaque année pour voir comment les réponses évoluent.
D’où vient le questionnaire de Proust ?
Le plus drôle, c’est que Proust n’a rien inventé. Dans l’Angleterre victorienne, la mode est aux albums de « confessions » : de jolis carnets où des questions sont imprimées, et que l’on fait circuler entre amis pour que chacun y livre ses goûts et ses petits secrets. L’ancêtre du cahier de copines que ma fille fait remplir à toute sa classe, en somme.
Le jeune Marcel tombe sur l’un de ces albums chez son amie Antoinette Faure, fille de Félix Faure, qui deviendra président de la République en 1895. Le carnet porte un titre anglais, « An Album to Record Thoughts, Feelings, &c. ». Proust y répond en français, adolescent, vers 13 ou 14 ans (les sources hésitent sur l’année exacte, autour de 1884 à 1886). Il remplit un autre questionnaire vers 20 ans, au début des années 1890, dans un album français intitulé « Les Confidences de salon », sous le titre « Marcel Proust par lui-même ».
Le carnet d’Antoinette Faure est retrouvé en 1924 par son fils, publié peu après, puis vendu aux enchères en 2003 pour plus de 100 000 €. C’est la célébrité de l’écrivain qui a fini par donner son nom au jeu, et le questionnaire de Proust sur Wikipédia raconte en détail les différentes versions retrouvées.
Quelques-unes de ses réponses de jeune homme sont devenues célèbres. À « mon occupation préférée », il répond simplement « Aimer ». Et pour le principal trait de son caractère, il écrit « le besoin d’être aimé », ce qui en dit long sur l’auteur de « À la recherche du temps perdu ».
La liste complète des questions du questionnaire de Proust
Voici la version en 31 questions, la plus reprise aujourd’hui. Certaines formulations varient légèrement d’une source à l’autre, mais l’esprit reste le même :
- Le principal trait de mon caractère ?
- La qualité que je préfère chez un homme ?
- La qualité que je préfère chez une femme ?
- Ce que j’apprécie le plus chez mes amis ?
- Mon principal défaut ?
- Mon occupation préférée ?
- Mon rêve de bonheur ?
- Quel serait mon plus grand malheur ?
- Ce que je voudrais être ?
- Le pays où je désirerais vivre ?
- La couleur que je préfère ?
- La fleur que j’aime ?
- L’oiseau que je préfère ?
- Mes auteurs favoris en prose ?
- Mes poètes préférés ?
- Mes héros favoris dans la fiction ?
- Mes héroïnes favorites dans la fiction ?
- Mes compositeurs préférés ?
- Mes peintres favoris ?
- Mes héros dans la vie réelle ?
- Mes héroïnes dans l’histoire ?
- Mes noms favoris ?
- Ce que je déteste par-dessus tout ?
- Personnages historiques que je méprise le plus ?
- Le fait militaire que j’estime le plus ?
- La réforme que j’estime le plus ?
- Le don de la nature que je voudrais avoir ?
- Comment j’aimerais mourir ?
- État d’esprit actuel ?
- Fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence ?
- Ma devise ?
Honnêtement, la question sur le fait militaire m’a laissée sèche. J’ai répondu « l’armistice », ce qui est un peu de la triche, mais je l’assume.
Le questionnaire de Proust chez Pivot et dans Vanity Fair
Si ce jeu de salon a traversé plus d’un siècle, c’est grâce aux médias. Bernard Pivot, dans ses émissions littéraires, terminait ses entretiens par un questionnaire inspiré de celui de Proust, resserré à dix questions. On y trouvait des pépites comme « Votre mot préféré ? », « Le juron que vous préférez ? » ou « Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous l’entendre vous dire après votre mort ? ». Les réponses des écrivains y étaient souvent plus révélatrices qu’une heure d’interview.
Aux États-Unis, l’acteur et animateur James Lipton a repris la formule de Pivot dans son émission « Inside the Actors Studio ». Et le magazine Vanity Fair publie depuis des années, en dernière page, un questionnaire de Proust rempli par une célébrité, au point d’en avoir fait une rubrique culte et même une version interactive en ligne en 2009.
Mes réponses au questionnaire de Proust (en toute sincérité)
Je ne vous impose pas les 31, mais voici une sélection, rédigée un dimanche après-midi avec un enfant qui me demandait toutes les trois minutes où était son chargeur :
- Le principal trait de mon caractère : la curiosité, qui me fait lire les notices de médicaments pour le plaisir.
- La qualité que je préfère chez un homme : savoir où sont rangés les cartables sans demander.
- La qualité que je préfère chez une femme : l’humour dans la tempête.
- Ce que j’apprécie le plus chez mes amis : qu’ils ne comptent pas les mois entre deux appels.
- Mon principal défaut : je commence trois livres en même temps et je n’en finis aucun.
- Mon occupation préférée : un café chaud, bu chaud, ce qui relève de l’exploit avec deux enfants.
- Mon rêve de bonheur : une maison près de la mer, une grande table et tout le monde en retard pour le déjeuner.
- Quel serait mon plus grand malheur : perdre le fil avec mes enfants quand ils seront ados.
- La couleur que je préfère : le bleu des volets à Ré en fin de journée.
- La fleur que j’aime : la pivoine, pour les trois jours où elle est parfaite.
- Mes héroïnes dans l’histoire : Simone Veil, sans hésiter.
- Le don de la nature que je voudrais avoir : m’endormir en trente secondes, comme mon conjoint.
- État d’esprit actuel : fatiguée mais contente, la formule officielle des mamans.
- Ma devise : « On verra bien », que mon conjoint trouve très peu rassurante.
Faire le questionnaire de Proust en famille
C’est clairement l’usage que je préfère. Au dîner, chacun pioche une question dans un bol, et tout le monde répond, parents compris. Avec des enfants, j’adapte les questions les plus abstraites. « Comment j’aimerais mourir » devient « Le super-pouvoir que je voudrais avoir », et « Le fait militaire que j’estime le plus » passe à la trappe. On garde en revanche la couleur, l’animal préféré (à la place de l’oiseau), le héros de fiction et le plus grand défaut, qui donne lieu à des dénonciations croisées très savoureuses.
Notre petite astuce : on note les réponses dans un carnet et on le ressort chaque année, à la même période. Mon fils voulait être « chevalier dentiste » il y a deux ans, il vise maintenant « youtubeur de Lego ». Ma fille, elle, change de couleur préférée chaque saison. Ce carnet est devenu l’un de mes objets les plus précieux à la maison, bien plus parlant que les photos de classe.
Entre adultes, le questionnaire fonctionne aussi très bien en soirée, ou en couple pour se redécouvrir après des années. Les réponses de mon conjoint à « Ce que je déteste par-dessus tout » m’ont appris qu’il ne supporte pas le bruit du papier aluminium. Des années de vie commune, et je l’ignorais.
À vous de jouer avec le questionnaire de Proust
Le questionnaire de Proust, c’est un vieux jeu de salon anglais devenu un classique grâce à un adolescent parisien, à Bernard Pivot et à Vanity Fair. Trente et une questions qui prennent vingt minutes et en disent souvent plus long qu’une longue conversation. Essayez-le seul avec un café, en couple ou avec vos enfants, et gardez les réponses : vous serez contents de les relire dans quelques années.
Et vous, quelle serait votre devise ? Laissez-la en commentaire, je suis curieuse de lire les vôtres (et d’en voler une ou deux).



